Cette section s'adresse à ceux qui, déjà initiés à la méditation, souhaitent aller plus loin. Vous pourriez donc ressentir la nécessité de commencer par aborder un matériel plus familier en suivant ce lien :
 


Le retournement


Just sit, traduction de "simplement s'asseoir" ! Mais pour assister à quoi ?
- Présent sous l'habit des pensées, des émotions, des perceptions et des sensations, au fait que je suis en train d'exister !
- Présent au fait que cela a lieu d'instant en instant indépendamment de ma volonté !
- Présent au fait qu'il y a là un personnage pour lequel je me prends - processus opérationnel accordé à la réalité - mais qui devient la cause de tous mes problèmes dès lors que je considère cette personne "que je suis" comme une vérité intrinsèque. Dès lors, toute ma pensée va s'articuler à partir de ce point de référence qu'est "ma" personne vue, perçue en tant que commencement, aboutissement (et si je pense l'après-vie c'est toujours à partir de ce seul point de référence : ma personne !).
Comme mon personnage se déplace dans une histoire, celle de "ma" vie, je vais chercher à la modifier, à la rendre plus douce, à la détendre. Cette personne, je vais lui faire faire de la méditation ! Utile à condition que je perçoive aussi le côté grotesque de la situation !

Pour une approche ultime de la méditation
Ce que nous proposons ici c'est de sortir de cette hypnose. Il n'y a ici rien d'autre q'un personnage pour lequel je me prends et aussi enchanteresses soient les histoires que j'imagine, quand bien même ce sont des histoires de méditation, d'évolution ou de transcendance, cela reste des histoires qui - pourquoi pas, - peuvent être fonctionnelles dans un système donné.
Nous laissons même ici de côté les histoires affinées, les systèmes plus unifiés. Nous invitons simplement à inverser le regard, à pressentir comment j'existe conséquemment, comment j'apparais depuis un arrière-plan sans limite, non manifesté, vide de toute chose, ne contenant rien (de particulier), plein d'une potentialité pure. Reconnexion à la nature véritable - pas "ma" nature ! Puisque quand je disparais en tant que chose, en tant que moi, elle apparaît. Nous nous entraînons ici à se laisser fondre en l'absolu là où plus aucun système de pensée ou d'expérimentation en particulier n'a de place puisque tous les particularismes, tout ce qui s'est précipite (a pris forme - moi y compris) regagne la transparence du vide.

Conscience je suis



Un témoignage

Il arrive que certaines de mes pratiques méditatives révèlent un espace suffisamment paisible pour que viennent s’estomper les objets premiers d’attention (respiration, sensations, sentiments, perceptions). Un vent de liberté souffle alors avec cette possibilité de m’identifier à la conscience elle-même plutôt qu’aux objets de conscience constatant alors que jusque-là je m’identifiais à l’objet de ma conscience plutôt qu’à la conscience elle-même.

Cependant quelque chose de pesant subsiste : moi et encore moi au cœur de la pratique méditative ! Qui est là et ne tend vers rien ? Qui s'ouvre à l'expérience de l'instant présent si ce n’est toujours moi ?


Reprenons le fil de mon « aventure méditative » depuis le début : je constate que je passe d’abord d’une indifférenciation molle et somnolente, voire d’une « absence indifférente » dans le pilote automatique à une présence qui me laissera un peu avec le sentiment de séparation d’avec les choses puisque mon attention s’étire à partir de ce point de référence qu’est le moi et à l’aune duquel je viens gouter ma relation à l’objet d’attention. Néanmoins je gagne une liberté puisque, ne me confondant plus avec les objets, je suis moins soumis à leur histoire. En ce point un seul pas me sépare de ma reconnaissance en tant que conscience à l’intérieur de laquelle les expériences se déploient.


Pour faciliter la compréhension de mon propos, je nommerai la démarche abordée ci-dessus « le travail à l’endroit (du moi) » afin d’évoquer maintenant en opposition et en complémentarité « le travail à l’envers (du moi) ».

Dans le « travail à l’endroit » si la conscience est révélée elle vient avec un mouvement d’appropriation du moi conduisant à dire : “je suis conscience”. Ma question devint alors : peut-il arriver que s’estompe l’idée de se prendre pour quelqu’un, laissant ainsi la Présence ou Conscience pure remonter jusqu’à la surface ; me laissant être en quelque sorte balayé par elle ?

J’envisageai alors de porter mon attention, et cela la pleine conscience me l’a aussi appris, au fait que je suis fabriqué par les choses. Le sentir dans le corps tout autant que dans la psyché, c’est réaliser que là où je croyais être de mon propre fait, je réalise que si je suis, c’est conséquemment. Le moi perdait alors son caractère d’immanence, d’en-soi que je lui avais prêté. Il devenait alors possible d’aborder aussi la méditation du côté où la personne est clairement perçue comme une surimposition, le résultat d’une activité aboutissant à la sensation “d’être moi”.

Dans le « je suis conscience » la place du témoin neutre ou de l’observateur représentait en quelque sorte un moi allégé rendant possible une forme de retournement où le moi ne serait plus perçu comme une chose mais comme une activité au sein de la conscience. Je me sens apparaître en tant que moi et à l'interface de cela je pressens la Présence. Elle est là quand je disparais !

Ainsi le « je suis conscience » lui-même apparaît comme second dans la conscience pure. Ce n’est plus “je suis conscience” mais “conscience je suis”.


Ce propos pour lequel je n’ai pas de place ici pour un développement plus complet est issu d’une démarche introspective avec la volonté de concilier la révélation de la conscience avec ma propre disparition en tant que sujet de l’expérience.

Il a sa place dans mon enseignement car il m’a permis de comprendre que la méditation ne me concerne pas. D’une certaine manière tant que je suis présent, la méditation ne peut avoir lieu même si pour m’absenter de façon vivante, je dois d’abord me rendre présent ! Ainsi d’un côté si la position de l’observateur représente déjà une gageure, d’un autre côté le moi peut aussi acquérir une transparence en laissant œuvrer une capacité vivante à se laisser traverser, voire effacer par les expériences.

 

Ne subsiste alors qu’un regard, pas « mon » regard



Ils ont dit

"Le but de toute pratique de concentration et de méditation est de dégager l’aspirant de sa façon habituelle de penser, de se sentir et d’être, afin qu’il parvienne à devenir conscient de lui-même d’une manière tout à fait différente de la façon dont il l’est ordinairement. Cette conscience de soi, inaccessible au chercheur dans son état d’être coutumier, est étroitement liée à une présence intérieure très particulière qui est à la fois libératrice, transformatrice et thérapeutique." Edouard Salim Michaël

"Il peut y avoir des malentendus si la méditation repose sur l'idée d'un moi à rafistoler ou à améliorer... Dans l'approche ultime de la méditation, le moi se dissout et tous les problèmes qui viennent avec ; on voit qu'il n'est qu'une construction momentanée maintenue par le mental... Il n'y a plus de volonté de se débarrasser des choses douloureuses en nous, plus la nécessité de se libérer de tous les problèmes provenant de la protection du sentiment de soi". Fabien Devaugermé


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